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| AP |
L'économie chinoise ne fait plus merveille. Les
investisseurs étrangers font grise mine, et la bureaucratie
locale empêche les réformes et les regroupements
d'entreprises.
L'essor économique de la Chine a été tel que l'on a du mal
à imaginer ce pays tomber en récession. Pourtant, son
expansion, qui a ces dernières années contribué pour un bon
tiers à la croissance économique mondiale, a commencé à
ralentir et le monde s'apprête à en subir les conséquences.
Selon les statistiques officielles, la croissance se poursuit.
Pour la première moitié de 2005, le PIB s'est accru au taux
annuel de 9,5 %, soit au même rythme que celui des deux années
précédentes. Mais ces chiffres ne sont pas tout à fait
crédibles. Les indicateurs d'activité calculés par des
économistes indépendants à partir de données sur les
investissements, la production d'électricité et les volumes de
marchandises transportées montrent que la croissance a ralenti
de 16 % au début de 2004 pour tomber entre 10 % et 12 %
environ au milieu de 2005, et un nouveau fléchissement à
peut-être 8 % est attendu en 2006. Les importations d'énergie
ralentissent sensiblement, en partie parce qu'il y a davantage
de charbon local disponible et en partie parce que la demande
finale est moins forte, au point que les pénuries
d'électricité risquent de devenir des excédents. Le taux
annuel de croissance des importations de pétrole brut est
passé d'environ 30 % en 2003 et 2004 à tout juste 4 % au
premier semestre de 2005. Prix de l'immobilier en
chute libre Les prix dans le secteur immobilier, l'un des plus
importants moteurs de l'investissement
et de la surchauffe économique, ont commencé à fléchir dans
les grandes villes. A Shanghai, le prix des terrains a chuté
de 20 % au cours de l'été 2005 à la suite des mesures
gouvernementales de lutte contre la spéculation foncière. Le
stock d'immeubles invendus s'accroît et pèse sur la trésorerie
des promoteurs, qui doivent annuler de nouveaux programmes.
Dans d'autres secteurs aussi, les projets d'investissements
sont en perte de vitesse _ qu'il s'agisse d'aciéries ou de
ports pour navires porte-conteneurs. Jim Walker, économiste en
chef à CLSA, une maison de courtage basée à Hong-Kong, estime
que le taux annuel de croissance réel du PIB pourrait bien
diminuer en 2006 pour atteindre entre 6 % et 7 %, un niveau
plus que satisfaisant pour la plupart des pays mais pas pour
la Chine, dont les dirigeants considèrent le seuil de 7 %
comme le minimum nécessaire pour assurer une croissance
suffisante de l'emploi et maintenir la stabilité sociale. Le
ralentissement de l'économie va toucher les entreprises.
Compte tenu de la forte concurrence et des surcapacités
existantes dans beaucoup d'industries manufacturières, les
sociétés ne pourront pas augmenter leurs prix pour compenser
les effets de la baisse des volumes vendus. Les coûts
augmentent simultanément, qu'il s'agisse de celui des matières
premières et de celui du travail. Bien que les salaires soient
encore peu élevés en termes de standards internationaux, ils
ont augmenté de 12 % au cours de la dernière décennie. Le
manque de personnel qualifié est particulièrement sensible
chez les ingénieurs et les cadres supérieurs, dont les niveaux
de rémunération sont en train de rejoindre ceux des pays
développés. Autant de facteurs qui pèsent sur les marges
bénéficiaires et réduisent la progression des profits. Les
difficultés frappent aussi les entreprises étrangères
installées en Chine. Sur le marché automobile, par exemple,
les deux leaders, Volkswagen et General Motors, avaient
réalisé des bénéfices substantiels en Chine au cours des cinq
dernières années. Ces gains se sont volatilisés en 2005. Le
constructeur allemand a même enregistré de lourdes pertes et a
vu se réduire sa part de marché. Au cours des douze derniers
mois, le taux de croissance de ce marché est passé de 75 % à 0
% par suite des mesures gouvernementales défavorables à
l'achat à crédit des automobiles. Dans de nombreuses
industries, beaucoup d'entreprises étrangères sont confrontées
à la baisse de leurs bénéfices et à la perspective peu
réjouissante de devoir, une fois encore, renoncer à un retour
correct sur leurs investissements après des frais
d'installation élevés et seulement deux à trois bonnes années.
Profitabilité menacée Paradoxalement, les plus gros
capitalistes du monde souffrent aujourd'hui des effets de la
vague de capitalisme effréné qui s'est abattue sur la Chine.
La déréglementation, l'encouragement du secteur privé et le
caractère de plus en plus sacré du droit de propriété ont
produit en Chine une grosse flambée d'activité
entrepreneuriale qui a dynamisé la croissance et créé des
emplois. Elle a également intensifié la concurrence et menace
maintenant la profitabilité. Malheureusement, le passage du
socialisme à la libre entreprise n'est qu'à moitié accompli.
Les entreprises chinoises sont encore plus soucieuses de leur
taille que de leurs profits, et il n'y a pas encore de
mécanismes de marché facilitant la prise de contrôle des plus
faibles. D'ailleurs, les bureaucrates locaux, déterminés à
conserver leur emploi et leur statut, s'opposent activement à
tout regroupement significatif d'entreprises. Bien que les
sociétés chinoises, qui n'ont pas d'actionnaires à satisfaire
- ou un seul, l'Etat- puissent survivre plus longtemps que les
multinationales dans un tel contexte, certains cherchent à
aller à l'étranger. Cette tendance, associée à une politique
encourageant les industriels à s'implanter hors de Chine a
entraîné une prolifération de tentatives d'acquisitions
outre-mer par les grandes entreprises locales. Le dernier
exemple en date étant celui de CNOOC, un groupe énergétique
qui a proposé de racheter son rival américain Unocal. D'un
point de vue politique, ces tentatives de plus en plus
agressives de rachats de sociétés étrangères, en particulier
américaines, sont intervenues dans une période peu favorable.
La Chine est déjà sur la sellette pour sa politique
commerciale mercantile. Si, avec le ralentissement de la
croissance, elle perd en même temps l'attrait de son marché et
sa capacité à tirer l'économie mondiale, l'année 2006 pourrait
voir le monde des affaires lui tourner le dos.
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